Archive for the L’atelier du Carrier Category

Atelier du Carrier : la scie à pierre

Posted in L'atelier du Carrier on 18 février 2016 by Carrieres Patrimoine

ATELIER n.m. Terme de carrière. Lieu où travaillent les ouvriers carriers pendant qu’ils procèdent à l’extraction de la pierre en galerie souterraine.

SCIE : n.f. Lame d’acier dentelée (pour les pierres tendres) ou sans dents (pour les pierres dures) qui, par un mouvement de va-et-vient, entame et divise peu à peu les matières dures.

Le sciage de la pierre dure, avec une scie sans dents, se fait par l’action du grès (l’abrasif généralement utilisé) que le scieur jette, régulièrement, avec de l’eau, contre la lame de la scie ; c’est le grès entraîné par le fer de la scie qui use la pierre. Le sciage de la pierre tendre avec une scie à dents diffère à peine du sciage du bois.

BALEINE : n.f. Scie à pierre tendre, très étroite, souple et flexible, permettant de suivre aisément un tracé courbe.

Les baleines sont des scies à dents dont la hauteur de la lame a été réduite par des opérations de retaillage successives. Il est amusant de noter qu’un autre type de scie porte un nom d’animal : il s’agit de la scie crocodile à laquelle nous avons déjà consacré un article.

Notre première scie photographiée présente certaines caractéristiques de la baleine, notamment la souplesse et la flexibilité, mais sa lame n’est pas assez étroite pour correspondre à celle d’une baleine. La seconde scie possède une lame plus étroite mais manque de flexibilité.

La forme particulière de la scie est destinée à faciliter l’évacuation de la poudre de pierre.

La voie de la scie détermine l’épaisseur du trait de coupe, forcément supérieure à celle de la lame.

Chaque dent mesure de 3 à 4 cm

Cette scie ayant beaucoup servi, ses dents ne sont plus du tout affûtées.

Détail du rivetage de la douille d’une poignée.

Détail du rivetage de l’autre côté de la douille d’une poignée.

« Scies à pierre, dites passe-partouts à douilles. Scies passe-partout façon Caen à douilles » (sic).
Extrait d’un catalogue de matériel pour carriers et tailleurs de pierre datant d’avant-guerre.

Les dents mesurent de 4 à 5 cm.
L’espace entre les dents permet d’évacuer la matière tranchée

Détail de l’affûtage des dents particulièrement bien visible

Aperçu de la voie

Nous n’avons pas de photo de scie à pierre dans la Carrière Sarazin mais le cliché ci-dessous illustre parfaitement l’utilisation de l’outil.

Scie à pierre en service sur un chantier

On peut faire de nombreux commentaires sur cette photo non datée représentant 2 ouvriers, des tailleurs de pierres plus que des carriers, débitant à la scie  ce qui semble être un bloc de pierre tendre.
La pierre taillée est sans doute à destination du chantier de construction en arrière plan à gauche tandis qu’on aperçoit des immeubles de 2 à 5 étages sur la droite. Toujours sur la droite du cliché, on distingue également un autre bloc, de dimension plus restreinte, posé sur cales.
Chacun des 2 hommes est juché à environ 1.5m du sol sur un bastaing posé sur une échelle appuyée au bloc. Le bloc mesure presque 2m de largeur pour une hauteur supérieure à 2,60m. On distingue parfaitement la « plumée » qui trace le contour de la face visible du bloc sur lequel est inscrite la mention « Daubin Frères » ainsi que son numéro commençant par 2.
Les traces d’extraction à la lance sont également visibles, ce sont les stries presque verticales qui ornent la face du bloc. Ce dernier n’est pas dans le sens de son lit d’origine, on lui a fait faire quartier, peut-être à l’aide du cric visible sous l’échelle de gauche.
Les 2 ouvriers ont déjà entamé leur tranche d’environ 60cm et la scie dépasse peu de chaque côté du bloc, ce qui laisse peu de marge de manoeuvre à chaque ouvrier, gare aux doigts ! Les dents de la scie ne sont pas visibles mais l’outil pourrait être similaire à la scie n°1 présentée ci-dessus et qui mesure presque 2,60m de longueur !

 

 

Bibliographie :
Technologie de la pierre de taille, Pierre NOEL
Pierre de taille, Etienne CUNRATH

(c) Texte et photos F. Chaut, cliché collection particulière

Atelier du carrier : les crapauds de la Carrière Sarazin

Posted in L'atelier du Carrier on 23 mars 2015 by Carrieres Patrimoine

ATELIER n.m. Terme de carrière. Lieu où travaillent les ouvriers carriers pendant qu’ils procèdent à l’extraction de la pierre en galerie souterraine.

CRAPAUD n.m. Terme de carrière. Synonyme de mécanique, c’est-à-dire treuil très puissant, manoeuvré à la main et monté sur trois roues ce qui lui assure une grande stabilité. En 1891, on parlait déjà de « treuils crapauds avec chaînes »

MECANIQUE n.f. Terme de carrière. Sorte de treuil à chaîne, que l’on peut déplacer parce qu’il est monté sur des petites roues, et qui est utilisé pour déplacer les blocs. Un jeu de pignons permet de réaliser plusieurs vitesses de manoeuvre. Ce treuil est utilisé pour déplacer les blocs extraits, soit en les faisant tomber à terre, du banc au-dessus duquel ils ont été extraits ; soit en les tirant à terre vers un appareil de chargement.

Le crapaud est parfois aussi appelé VINDA. Mais selon Pierre NOEL ce terme désigne une sorte de cabestan, c’est-à-dire un treuil à tambour vertical.

L’appellation crapaud remonte au XIXè siècle puisqu’il est question de « treuils crapauds avec chaînes » dans une brochure des carrières CIVET de janvier 1891.

Carrière CIVET à LEROUVILLE dans la Meuse, 1890. On aperçoit un crapaud sur la gauche de la photo.


Détail de la photo précédente avec le crapaud

 Carriers actionnant un crapaud.
Peinture de Pierre OUALLE dans la Carrière du Clocher (Carrière MASCITTI) à Bonneuil-en-Valois, 1969.

On aperçoit un crapaud sur la gauche de la photographie de cette exploitation Fèvres & cie à Ravières, en Bourgogne.

Un crapaud est également présent sur cette photo d’une carrière de Mello, dans l’Oise, devant le second personnage en partant de la droite.

Le fonctionnement du treuil est simple : une manivelle à chaque extrémité d’un axe entraînant un engrenage à démultiplication qui va faire tourner une poulie à gorge dans laquelle est prise une chaîne à gros maillons.

Un système anti retour existe.
Le treuil comporte 2 axes et 3 vitesses : les manivelles amovibles peuvent être mises au choix sur l’un ou l’autre des deux axes selon la démultiplication recherchée.
De plus, l’un des axes peut être translaté pour changer la démultiplication, comme on change de vitesse sur un vélo.
Enfin, le treuil est débrayable : cela permet de tirer sur la chaîne sans pour autant faire tourner les manivelles ni avoir à les démonter.

L’utilisation du treuil n’est pas sans danger.

Le 13 octobre 1924, Félix HURMANE vient déclarer à la mairie d’Eméville un accident survenu dans la carrière de la Bouloye : un carrier de 19 ans, Aubert LEROUX, a l’annulaire gauche pris dans l’engrenage d’un treuil. Il souffre d’une « plaie contuse de l’annulaire gauche » nécessitant 12 jours incapacité de travail.

Il reste encore 3 crapauds dans la Carrière SARAZIN.

Crapaud n°1. Avec ses multiples engrenages, il offre 3 démultiplications différentes, soit 3 vitesses !

L’échelle graphique mesure 50 centimètres.

Ce détail permet de voir les engrenages positionnés en vitesse moyenne. Pour changer de vitesse, on fera coulisser l’axe sur lequel sont les manivelles vers la droite ou bien vers la gauche.

Crapaud n°2

Contrairement au crapaud n°1, le changement de vitesse du crapaud n°2 ne se fait pas en déplaçant l’axe des engrenages mais en démontant les manivelles pour les remonter sur un autre axe (visible au premier plan)

Crapaud n°3

Le changement de vitesse du crapaud n°3 est identique à celui du crapaud n°2. On distingue bien le dispositif anti retour monté sur l’axe au premier plan.

La particularité du crapaud n°3 est que son fabriquant y a apposé sa marque.

Avant nettoyage

Après nettoyage, la plaque nous livre son secret : SAILLY, Saint Vaast, Oise. Nous pouvons également voir la peinture d’origine, un bleu clair.

Et nous retrouvons la trace de nos crapauds dans plusieurs documents de 1922 concernant le matériel utilisé dans la Carrière Sarazin et son coût d’acquisition ! Les crapauds sont désignés comme « mécanique genre la Ferté Milon », « mécanique genre Sailly », « mécanique 3 vitesses » et « mécanique 2 vitesses ».

Ainsi, nous apprenons que le crapaud n°1 (le seul à 3 vitesses) a coûté 1200 francs avec sa chaîne. La crapaud n°3 (marqué « Sailly ») n’ayant que 2 vitesses, il aurait coûté avec sa chaîne la somme de 900 francs.

Alors que les autres carrières ont été pillées et vandalisées, l’accès difficile de la Carrière Sarazin (par puits uniquement) a permis de préserver le matériel qu’elle contenait pour nous offrir aujourd’hui ces objets témoins du passé industriel de la commune.

Cet extrait d’un document rédigé par Georges Sarazin en 1922 mentionne la date à laquelle le matériel est arrivé à Eméville : « Mai 1921 Matériel apporté par Georges Sarazin dont suit : 1 mécanique genre la Ferté Milon, 1 mécanique genre Sailly (…) »

Matériel apporté par Georges Sarazin :
1 mécanique 3 vitesses et sa chaîne 1200 f
1 mécanique 2 vitesses et sa chaine 900 f

Carrière Sarazin, crapaud n°2

Nous développerons prochainement un article sur les accessoires du crapaud : la longue chaîne pouvant mesurer plus de 15 m pour un poids d’une centaine de kilos et la griffe servant à accrocher le bloc.

Atelier du Carrier : restauration d’une levrette

Posted in L'atelier du Carrier on 10 octobre 2014 by Carrieres Patrimoine

LEVRETTE. n.f. Cric à long fût et sans patte.

La levrette est un cric de carrier particulier. A la différence du cric à « patte », sa crémaillère est dépourvue de patte de levage.

La levrette est constituée d’un fût en bois renforcé à sa base et cerclé de fer à plusieurs endroits. Ce fût abrite la crémaillère du cric et sa partie haute accueille le mécanisme avec les engrenages démultipliant la force de l’utilisateur.

Le corps de l’engin est plus étroit que celui d’un cric classique, mais il est plus long. La longueur du fût ajoutée à celle de la crémaillère permet un développement plus important.

La levrette servait à pousser les blocs, en particulier lorsqu’il s’agissait de leur faire gravir le faux chopin afin de les charger sur le lorry qui les emportait vers le puits d’extraction.

C’est donc un instrument indispensable à la bonne marche de l’exploitation de la carrière : en 1922, la Carrière SARAZIN comptait 7 levrettes et autant de crics dont le prix d’achat unitaire était de 200 francs. On mesure, au nombre de ces équipements, leur importance pour l’extraction et le bardage des blocs dans la carrière.

Crics et levrette dans la Carrière Sarazin (Photo Nicolas DUDOT).
A gauche, on reconnaît la levrette à sa longue crémaillère dépourvue de patte à sa base.

 

Jean-Pierre VENDEVILLE, à l’origine de la restauration du treuil de la carrière, s’est donc penché sur cet engin afin de le restaurer et lui donner une seconde vie.

Marquée: ROUSSANGE à Saint Waast les Mélo Oise.


L’ancien fût en bois de la levrette a souffert de l’humidité. Il est déposé pour être remplacé. (Photo Jean Pierre VENDEVILLE).


(Photo Jean Pierre VENDEVILLE)


La mécanique et le cliquet anti retour. (Photo Jean Pierre VENDEVILLE)


Détail des engrenages. (Photo Jean Pierre VENDEVILLE)


Le nouveau fût en bois (Photo Jean Pierre VENDEVILLE)


(Photo Jean Pierre VENDEVILLE)


(Photo Jean Pierre VENDEVILLE)


(Photo Jean Pierre VENDEVILLE)


Après restauration

Mise en évidence des marques du fabriquant : ROUSSANGE St WAAST LES MELLO

Marquage sur l’enveloppe du mécanisme

Marquage sur la crémaillère

 

(c) Textes et photos François CHAUT sauf mention contraire
Bibliographie : Technologie de la pierre de taille. Pierre NOEL

Inventaire photographique #2 Les tableaux de comptage

Posted in L'atelier du Carrier, La Carrière Sarazin on 23 novembre 2013 by Carrieres Patrimoine

Un inventaire photographique a été entrepris dans la Carrière Sarazin le 22 novembre 2009. Il concerne toutes les traces de l’activité humaine dans la carrière, qu’il s’agisse d’inscriptions, de dessins ou de marques d’outils.

La finalité de cette démarche à la fois historique, technique et sociale est de :

  • réaliser un travail de préservation de la mémoire,
  • découvrir qui étaient ces carriers de la Carrière Sarazin,
  • étudier leurs méthodes et conditions de travail pour mieux les expliquer.

Après avoir traité des points topographiques, nous allons parler des tableaux de comptage, témoins du travail des carriers. Et ce qui pourrait n’être qu’un suite de photographies représentant le même sujet se révèle être une précieuse source d’informations.

Ces tableaux sont réalisés sur les piliers de masse, sur une surface aplanie généralement au taillant.


Détail du tableau 03


Détail du tableau 03

En partant du principe que ces tableaux de comptage ont été faits par les carriers au fur et à mesure de l’extraction, leur étude va nous permettre d’en savoir un peu plus sur l’exploitation de la carrière.

La retranscription laborieuse des 10 tableaux visibles (certains ont été effacés par l’extraction ou recouverts de calcite, d’autres cachés par des remblais) permet de dénombrer pas moins de 767 blocs. Mais il ne s’agit bien sûr que d’une partie des blocs effectivements extraits  :  il existe certainement d’autres tableaux de comptage cachés par les remblais. De plus les tableaux, dont la numérotation semble répondre à une comptabilité unique pour les besoins de l’exploitant, portent des séries de blocs jusqu’au numéro 874.

Cependant 3 tableaux (n°2, 8 & 9) indiquent des blocs numérotés de 1 à 10, ce qui peut faire penser à des chantiers d’extraction éloignés les uns des autres dans le temps.

Les blocs répertoriés représentent un volume de 3 140 mètres cubes correspondant à une masse de 5000 à 5600 tonnes selon la densité retenue (de 1,6 à 1,8).

Avec un tel volume, il aurait été possible d’ériger un mur  haut de 2 m et épais de 50 cm entourant intégralement le bourg d’Eméville.

Souvenons-nous que tous ces blocs ont été extraits puis déplacés dans la carrière en utilisant la seule force humaine, sans autre source d’énergie. On comprend aussi le rôle primordial qu’a joué le treuil MOREAU pour sortir les blocs de la carrière et mener à bien une entreprise aussi colossale !

La Carrière SARAZIN, avec son Decauville, le Treuil MOREAU et le transport en camion automobile (un camion NASH QUAD remplacé par un camion PURREY) était très moderne pour son époque tout en restant à taille humaine. Elle constitue le témoin d’une époque charnière où les hommes n’avaient pas encore cédé le pas aux machines. 

A titre de comparaison, en 1889, la société CIVET CROUET GAUTIER & Cie extrayait plus de 66 000 M3 de l’ensemble de ses centres de production en France (Meuse, vallée de l’Oise, Aisne, Bourgogne et Poitou) dont 28 761 m3 pour la seule vallée de l’Oise. Mais cette société employait 1 800 ouvriers terrassiers, carriers et tailleurs de pierre ainsi que 70 employés en carrières et dans les différents bureaux.  

« Pour l’extraction de la pierre, nous l’avons vu, on ne se servait d’aucun moyen mécanique ; les crics, les grosses pinces étaient alors inconnus dans notre industrie ; mais ils firent vite leur apparition et étonnèrent les vieux carriers de l’époque ; plus tard, les verrins vinrent aider à la manoeuvre des plus grosses masses, et également les treuils crapauds avec chaînes ; puis des grues mobiles de 10 tonnes aidèrent au chargement de la pierre sur voiture. »

Depuis, la mécanisation des exploitations s’est poursuivie (extraction à la haveuse, transport par chariot élévateur) et a fait basculer les carrières dans l’ère industrielle. A titre de comparaison, la Carrière du Clocher de Bonneuil-en-Valois produisait 12 000 m3 annuels dans les années 1990.

L’étude des tableaux de comptage de la Carrière SARAZIN nous apprend que les blocs extraits avaient un volume moyen de 4,12 m3 pour un poids variant de 6,5 à 7,5 tonnes. Le bloc le plus petit mesurait 1,4 m3 (à peine plus de 2 tonnes) tandis que le plus volumineux mesurait 5,9 m3 soit 9 à 10 tonnes !

Tableau 01

 

Tableau 02

Certains tableaux indiquent des sous totaux correspondant à la somme des blocs précédemment inscrits, en voici des exemples.

Tableau n°1

Numéro du bloc Volume Sous total
459 4,93  
350 5,33  
462 4,94  
365 3,65 18,85
Numéro du bloc Volume Sous total
460 5,00  
433 5,25  
476 4,97  
493 5,16 20,38

Tableau n°2

Numéro du bloc Volume Sous total
561 5,18  
591 5,11  
582 4,72  
608 4,92 19,93

Mais ces sous-totaux de 4 blocs ne sont pas systématiques puisque dans le tableau n°3, les sous totaux concernent des ensembles de 7, 6 puis 5 blocs tandis que le tableau n°8 montre un sous-total de 28 blocs.

En l’absence de dates précises, il est donc difficile de déduire quelque chose de ces indications, comme une production hebdomadaire dans certain cas ou mensuelle dans d’autres. Il n’y a que deux dates qui sont précisées (sur le même tableau n°2) : mars 1931  et mai 1934.


Tableau 04


Tableau 05


Tableau 06


Tableau 07


Tableau 08


Tableau 09, vue générale


Tableau 09, partie principale


Tableau 09, détail de la partie droite


Tableau 10


Tableau 11

Nous savons que le mètre cube était payé 33 francs en 1925. C’est ce que nous apprend un relevé de feuille de paye datant du 6 juin de cette année et établi au nom de « PITARD, tacheron », qui fera l’objet d’un prochain article.

Voici les prix de quelques denrées de base, 1 franc de l’époque valant 0.83 euro.

1 œuf 0,40 fr
1 kilo de pommes de terre 0,40 fr
1 kilo de pain 1,58 fr
1 kilo de sucre 3,50 fr

Nous présenterons ultérieurement un plan de la carrière indiquant la localisation de ces tableaux et des ateliers d’extraction.

 

 

Photos François CHAUT
Inventaire Eric BLONDEAU, François CHAUT, Arnaud GARLAN (la main qui tient l’ardoise) & Françoise LIDONNE

Bibliographie : Les grandes industries de France, 1891
« LE MAUSOLEE » 1997
Les carrières françaises de pierre de taille. Pierre NOEL, Société de diffusion des techniques du bâtiment et des travaux publics, 1970.
Essai de nomenclature des carrières françaises de roches de construction et de décoration. Le Mausolée, 1976.

Atelier du Carrier : les coins (suite)

Posted in L'atelier du Carrier on 12 novembre 2013 by Carrieres Patrimoine

ATELIER n.m. Terme de carrière. Lieu où travaillent les ouvriers carriers pendant qu’ils procèdent à l’extraction de la pierre en galerie souterraine.

Nous avons déjà présenté les coins utilisés dans la Carrière SARAZIN.

Les chantiers réservent de belles surprises et de récents travaux de déblaiement dans la carrière ont permis de retrouver ce troisième coin qui vient enrichir notre atelier du carrier.


Recto


Verso


Profil

Les extrémités du coin sont très abîmées. La partie la plus large présente un manque d’environ un tiers de son épaisseur.

Caractéristiques techniques

  Coin N°3  
Dimensions de la tête 9×6 cm  
Longueur 18,5 cm  
Largeur de la partie active restante 6cm  
Largeur de la partie active supposée 10cm  
Poids 2,500 kg  

Atelier du Carrier : le cric de carrier

Posted in L'atelier du Carrier, La Carrière Sarazin on 15 mars 2013 by Carrieres Patrimoine

ATELIER n.m. Terme de carrière. Lieu où travaillent les ouvriers carriers pendant qu’ils procèdent à l’extraction de la pierre en galerie souterraine.

En passant en revue tout le matériel utilisé par les carriers, nous ne désirons pas créer une simple « outilthèque » encyclopédique, nous espérons vous faire revivre le quotidien de ces ouvriers de la pierre et vous faire ainsi découvrir une partie de notre patrimoine.

L’Atelier du Carrier ne comporte pas seulement des outils, qu’ils soient destinés à l’extraction ou bien à la taille de la pierre mais aussi des équipements plus lourds, tel le wagonnet Decauville , le treuil à câble, que nous avons évoqué dans de précédents articles ou bien le Cric de Carrier.

Peinture de Pierre OUALLE dans la Carrière du Clocher (Carrière MASCITTI), 1969.

CRIC n.m. Machine propre à lever de terre un fardeau, par le moyen d’une crémaillère que déplace une roue dentée actionnée par une manivelle.

Catalogue ancien présentant des crics à simple et double engrenage.
Document aimablement fourni par M. Philippe SAUVANET des CARRIERES DE LA NIEVRE.

Crics dans la Carrière Sarazin

La Carrière Sarazin abrite encore quelques crics en piteux état. On peut encore distinguer, gravé dans le bois de certains crics, le « S » signifiant qu’il s’agit de matériel de la famille Sarazin. Encore une fois, la difficulté d’accès à la carrière a protégé le matériel du pillage qui a eu lieu dans les autres carrières d’Eméville (Carrière de la Bouloye, carrière du chemin de Vez) intégralement dépouillées de leur équipement.

Nous possédons plusieurs crics en parfait état, soit qu’ils aient été restaurés, soit qu’ils aient été parfaitement entretenus.

C’est le cas du fameux cric COQUART qui nous a été donné par un Emévillois, M. Gérard VALLE. Ce cric utilisé dans les carrières Civet Pommier de la commune a donc pu servir aussi bien dans la carrière du chemin de Vez, dans la carrière de la Bouloye ou dans la carrière de Trois Fontaines.

Un simple nettoyage a permis de faire ressortir les inscriptions frappées dans le métal et servant à identifier toutes les pièces du même cric.

Le cric COQUART

La carcasse contenant les engrenages, la roue dentelée pour le cliquet anti retour ainsi que la manivelle sont marqués du même numéro en chiffres romains VIII : une précaution bien utile lorsqu’on pense à tous les crics que l’atelier de la maison CIVET POMMIER avait en charge !

Le nom est frappé directement dans la crémaillère

L’autre face du cric laissant voir la patte.

La patte du cric permet de lever un bloc de pierre posé sur des cales. Il permet également de lever un bloc posé à même le sol en pratiquant dans le bloc une mortaise qui accueillera la patte.

Les faces supérieures des extrêmités de la patte sont quadrillées
afin d’offrir plus d’adhérence, d’autant plus que les surfaces de contact sont réduites.

Notre second cric, fabriqué par la maison VERLINDE à Puteaux, don de Joëlle et Patrick Pallu, auteurs de Souterrains et carrières d’Annet-sur-Marne qui ont soutenu et encouragé notre action.

La plaque précise, outre le nom du fabriquant, la force du cric (5000 kilos)
et la hauteur de développement de la crémaillère (75 centimètres)

Document à en-tête VERLINDE, 1932

Une petite note pour les capacités des crics utilisés en carrières:
Avec un rayon de manivelle de 300 mm et un effort moyen de 8 kg.
Avec un seul harnais d’engrenage au rapport de 1/7 éme, on peut lever 750 kg.
Avec deux harnais d’engrenages aux rapports de 1/7 + 1/4, on peut lever 2800kg.
En tenant compte d’un rendement de 0,5 sur des crics bien construits et bien entretenus.


Sur cette image, les différentes parties sont coloriées pour être mieux distinguées.

 

 

Ces crics parfaitement présentés sont à la Maison de l’Outil et de La Pensée Ouvrière à Troyes


Remarquez l’étoile à 6 branches qui orne l’un des axes du cric, identique à celle gravée sur notre cric COQUART

Crics de différentes tailles exposés dans la mine de sel de Bex (Suisse)

 

A suivre dans l’Atelier du Carrier :

  • la restauration d’un cric particulier, la levrette (cric à long fût et sans patte)
  • exemples d’utilisation des crics et accidents

(c) Dessins Jean-Pierre VENDEVILLE
(c) Textes et photos François CHAUT
Bibliographie : Technologie de la pierre de taille. Pierre NOEL

Atelier du carrier : treuil à câble

Posted in L'atelier du Carrier on 1 mars 2013 by Carrieres Patrimoine

ATELIER n.m. Terme de carrière. Lieu où travaillent les ouvriers carriers pendant qu’ils procèdent à l’extraction de la pierre en galerie souterraine.

TREUIL : appareil de levage formé essentiellement d’un cylindre horizontal, le tambour, tournant sur un axe actionné par des leviers ou des manivelles.

Ce qui fait l’intérêt de la Carrière SARAZIN c’est que le matériel d’exploitation est resté sur place depuis son abandon dans les années 1930.

 

Le treuil visible au premier plan de cette photo prise dans la Carrière SARAZIN est un treuil à bras fixé au sol : un câble s’enroule autour d’un cylindre, le tambour, du treuil actionné par 2 carriers. Le bloc de 8 tonnes posé sur le lorry avance doucement sur la voie étroite.

Notre treuil à câble a été fabriqué par la maison YOUNGS à Birmingham. Les établissements YOUNGS ont été fondés en 1856 à Birmingham (Angleterre).

Publicité YOUNG 1918 montrant un treuil


Ce treuil est visible au Black Country Living Museum Trust près de Birmingham. Les photos sont tirées du site gracesguide.co.uk consacré à l’histoire industrielle anglaise.

Contrairement à ce modèle, le treuil situé dans la carrière SARAZIN comporte en plus un dispositif de freinage avec un frein à bande. Dans cette configuration, le treuil peut aussi bien servir à tracter une charge qu’à la faire descendre, ce qui se révèle utile lorsqu’il faut descendre du matériel dans une carrière accessible uniquement par puits !

Dernier détail : l’une des jambes de notre treuil a été brisée puis consolidée avec une attelle en acier, laissant penser que l’engin a subi un choc très brutal, conséquence d’une traction soudaine ou d’une chute après arrachement de ses ancrages dans le sol…

Ce qui nous amène à faire un rapprochement avec un événement remontant à 1924.

Le jeudi 24 juillet 1924, à 16h00, Jules SARAZIN déclare à la Mairie d’Eméville un accident survenu dans sa carrière.

Les victimes sont  Jean LEMEUR, 56 ans, carrier demeurant à Eméville et Gaston PERNET, 18 ans, également carrier, demeurant à Bonneuil-en-Valois.

Jean LEMEUR a reçu un « coup de manivelle de treuil en descendant un rail dans un puits de carrière en cours de forage ». Il souffre de « plaies aux lèvres » ayant nécessité 3 points de suture et d’une « plaie superficielle de la région orbito frontale droite ».

Quant à Gaston PERNET, il a fait une « chute de 7 m 50 en descendant un rail », avec « fracture ouverte de la cuisse droite, plaie du cuir chevelu région frontale droite de 15 cm environ de longueur ».

Les blessés ont été vus par le docteur MONNER de Villers Cotterets qui a prescrit 20 jours d’incapacité de travail à LEMEUR et 3 mois à PERNET. Concernant ce dernier, « en raison de la gravité de son état le blessé à été dirigé sur l’hopital de Compiègne ».

Deux autres carriers ont été témoins de l’accident :  MM CHRETIEN et LECERF.

Que s’est-il exactement passé ?
La carrière est ouverte depuis 4 ans, donc le « puits de carrière en cours de forage » auquel les hommes travaillent n’est pas celui que nous connaissons encore mais plutôt le puits d’extraction situé de l’autre côté du chemin de Longpré, aujourd’hui comblé.

D’après les déclarations, on imagine que Jean LEMEUR s’occupait du treuil en surface tandis que Gaston PERNET, lui, était soit au bord du puits  soit déjà dans le puits avec le rail pour éviter qu’il se coince.

Le rail, dont le poids n’est pas négligeable, a-t-il basculé brutalement dans le vide et entraîné PERNET alors qu’il le manipulait ? Y a-t-il eu un problème technique ou mécanique, frein insuffisamment serré, cliquet anti-retour défectueux ?

La journée était déjà bien avancée et même pour ces hommes rompus aux plus durs labeurs, la fatigue commence à se faire sentir. Alors y a-t-il eu une erreur d’appréciation ou une simple inattention ?

Nous ne saurons jamais si cet accident est dû à une erreur humaine ou bien à un défaut de matériel.

Les éléments à notre disposition permettent simplement et raisonnablement de supposer que, pour une raison inconnue, PERNET et le rail ont chuté dans le puits, le câble s’est déroulé brusquement, la manivelle du treuil devenu incontrôlable a fait des moulinets dans l’air et a fini par blesser LEMEUR à la tête.

Cet accident n’a heureusement pas été fatal mais il n’est pas non plus exceptionnel. Nous reviendrons ultérieurement sur les accidents survenus dans les carrières d’Eméville et sur les enseignements que nous pouvons en tirer.

(c) Texte et photos François CHAUT