Inventaire photographique #2 Les tableaux de comptage

Un inventaire photographique a été entrepris dans la Carrière Sarazin le 22 novembre 2009. Il concerne toutes les traces de l’activité humaine dans la carrière, qu’il s’agisse d’inscriptions, de dessins ou de marques d’outils.

La finalité de cette démarche à la fois historique, technique et sociale est de :

  • réaliser un travail de préservation de la mémoire,
  • découvrir qui étaient ces carriers de la Carrière Sarazin,
  • étudier leurs méthodes et conditions de travail pour mieux les expliquer.

Après avoir traité des points topographiques, nous allons parler des tableaux de comptage, témoins du travail des carriers. Et ce qui pourrait n’être qu’un suite de photographies représentant le même sujet se révèle être une précieuse source d’informations.

Ces tableaux sont réalisés sur les piliers de masse, sur une surface aplanie généralement au taillant.


Détail du tableau 03


Détail du tableau 03

En partant du principe que ces tableaux de comptage ont été faits par les carriers au fur et à mesure de l’extraction, leur étude va nous permettre d’en savoir un peu plus sur l’exploitation de la carrière.

La retranscription laborieuse des 10 tableaux visibles (certains ont été effacés par l’extraction ou recouverts de calcite, d’autres cachés par des remblais) permet de dénombrer pas moins de 767 blocs. Mais il ne s’agit bien sûr que d’une partie des blocs effectivements extraits  :  il existe certainement d’autres tableaux de comptage cachés par les remblais. De plus les tableaux, dont la numérotation semble répondre à une comptabilité unique pour les besoins de l’exploitant, portent des séries de blocs jusqu’au numéro 874.

Cependant 3 tableaux (n°2, 8 & 9) indiquent des blocs numérotés de 1 à 10, ce qui peut faire penser à des chantiers d’extraction éloignés les uns des autres dans le temps.

Les blocs répertoriés représentent un volume de 3 140 mètres cubes correspondant à une masse de 5000 à 5600 tonnes selon la densité retenue (de 1,6 à 1,8).

Avec un tel volume, il aurait été possible d’ériger un mur  haut de 2 m et épais de 50 cm entourant intégralement le bourg d’Eméville.

Souvenons-nous que tous ces blocs ont été extraits puis déplacés dans la carrière en utilisant la seule force humaine, sans autre source d’énergie. On comprend aussi le rôle primordial qu’a joué le treuil MOREAU pour sortir les blocs de la carrière et mener à bien une entreprise aussi colossale !

La Carrière SARAZIN, avec son Decauville, le Treuil MOREAU et le transport en camion automobile (un camion NASH QUAD remplacé par un camion PURREY) était très moderne pour son époque tout en restant à taille humaine. Elle constitue le témoin d’une époque charnière où les hommes n’avaient pas encore cédé le pas aux machines. 

A titre de comparaison, en 1889, la société CIVET CROUET GAUTIER & Cie extrayait plus de 66 000 M3 de l’ensemble de ses centres de production en France (Meuse, vallée de l’Oise, Aisne, Bourgogne et Poitou) dont 28 761 m3 pour la seule vallée de l’Oise. Mais cette société employait 1 800 ouvriers terrassiers, carriers et tailleurs de pierre ainsi que 70 employés en carrières et dans les différents bureaux.  

« Pour l’extraction de la pierre, nous l’avons vu, on ne se servait d’aucun moyen mécanique ; les crics, les grosses pinces étaient alors inconnus dans notre industrie ; mais ils firent vite leur apparition et étonnèrent les vieux carriers de l’époque ; plus tard, les verrins vinrent aider à la manoeuvre des plus grosses masses, et également les treuils crapauds avec chaînes ; puis des grues mobiles de 10 tonnes aidèrent au chargement de la pierre sur voiture. »

Depuis, la mécanisation des exploitations s’est poursuivie (extraction à la haveuse, transport par chariot élévateur) et a fait basculer les carrières dans l’ère industrielle. A titre de comparaison, la Carrière du Clocher de Bonneuil-en-Valois produisait 12 000 m3 annuels dans les années 1990.

L’étude des tableaux de comptage de la Carrière SARAZIN nous apprend que les blocs extraits avaient un volume moyen de 4,12 m3 pour un poids variant de 6,5 à 7,5 tonnes. Le bloc le plus petit mesurait 1,4 m3 (à peine plus de 2 tonnes) tandis que le plus volumineux mesurait 5,9 m3 soit 9 à 10 tonnes !

Tableau 01

 

Tableau 02

Certains tableaux indiquent des sous totaux correspondant à la somme des blocs précédemment inscrits, en voici des exemples.

Tableau n°1

Numéro du bloc Volume Sous total
459 4,93  
350 5,33  
462 4,94  
365 3,65 18,85
Numéro du bloc Volume Sous total
460 5,00  
433 5,25  
476 4,97  
493 5,16 20,38

Tableau n°2

Numéro du bloc Volume Sous total
561 5,18  
591 5,11  
582 4,72  
608 4,92 19,93

Mais ces sous-totaux de 4 blocs ne sont pas systématiques puisque dans le tableau n°3, les sous totaux concernent des ensembles de 7, 6 puis 5 blocs tandis que le tableau n°8 montre un sous-total de 28 blocs.

En l’absence de dates précises, il est donc difficile de déduire quelque chose de ces indications, comme une production hebdomadaire dans certain cas ou mensuelle dans d’autres. Il n’y a que deux dates qui sont précisées (sur le même tableau n°2) : mars 1931  et mai 1934.


Tableau 04


Tableau 05


Tableau 06


Tableau 07


Tableau 08


Tableau 09, vue générale


Tableau 09, partie principale


Tableau 09, détail de la partie droite


Tableau 10


Tableau 11

Nous savons que le mètre cube était payé 33 francs en 1925. C’est ce que nous apprend un relevé de feuille de paye datant du 6 juin de cette année et établi au nom de « PITARD, tacheron », qui fera l’objet d’un prochain article.

Voici les prix de quelques denrées de base, 1 franc de l’époque valant 0.83 euro.

1 œuf 0,40 fr
1 kilo de pommes de terre 0,40 fr
1 kilo de pain 1,58 fr
1 kilo de sucre 3,50 fr

Nous présenterons ultérieurement un plan de la carrière indiquant la localisation de ces tableaux et des ateliers d’extraction.

 

 

Photos François CHAUT
Inventaire Eric BLONDEAU, François CHAUT, Arnaud GARLAN (la main qui tient l’ardoise) & Françoise LIDONNE

Bibliographie : Les grandes industries de France, 1891
« LE MAUSOLEE » 1997
Les carrières françaises de pierre de taille. Pierre NOEL, Société de diffusion des techniques du bâtiment et des travaux publics, 1970.
Essai de nomenclature des carrières françaises de roches de construction et de décoration. Le Mausolée, 1976.

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3 Réponses to “Inventaire photographique #2 Les tableaux de comptage”

  1. Génial cet article!

  2. […] Concernant l’étude du site, nous avons réalisé un recensement photographique des treuils à bras de la Carrière SARAZIN et analysé les tableaux de production tracés par les carriers. […]

  3. […] avoir traité successivement des points topographiques puis des tableaux de comptage, voici les […]

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