Atelier du carrier : les crapauds de la Carrière Sarazin

ATELIER n.m. Terme de carrière. Lieu où travaillent les ouvriers carriers pendant qu’ils procèdent à l’extraction de la pierre en galerie souterraine.

CRAPAUD n.m. Terme de carrière. Synonyme de mécanique, c’est-à-dire treuil très puissant, manoeuvré à la main et monté sur trois roues ce qui lui assure une grande stabilité. En 1891, on parlait déjà de « treuils crapauds avec chaînes »

MECANIQUE n.f. Terme de carrière. Sorte de treuil à chaîne, que l’on peut déplacer parce qu’il est monté sur des petites roues, et qui est utilisé pour déplacer les blocs. Un jeu de pignons permet de réaliser plusieurs vitesses de manoeuvre. Ce treuil est utilisé pour déplacer les blocs extraits, soit en les faisant tomber à terre, du banc au-dessus duquel ils ont été extraits ; soit en les tirant à terre vers un appareil de chargement.

Le crapaud est parfois aussi appelé VINDA. Mais selon Pierre NOEL ce terme désigne une sorte de cabestan, c’est-à-dire un treuil à tambour vertical.

L’appellation crapaud remonte au XIXè siècle puisqu’il est question de « treuils crapauds avec chaînes » dans une brochure des carrières CIVET de janvier 1891.

Carrière CIVET à LEROUVILLE dans la Meuse, 1890. On aperçoit un crapaud sur la gauche de la photo.


Détail de la photo précédente avec le crapaud

 Carriers actionnant un crapaud.
Peinture de Pierre OUALLE dans la Carrière du Clocher (Carrière MASCITTI) à Bonneuil-en-Valois, 1969.

On aperçoit un crapaud sur la gauche de la photographie de cette exploitation Fèvres & cie à Ravières, en Bourgogne.

Un crapaud est également présent sur cette photo d’une carrière de Mello, dans l’Oise, devant le second personnage en partant de la droite.

Le fonctionnement du treuil est simple : une manivelle à chaque extrémité d’un axe entraînant un engrenage à démultiplication qui va faire tourner une poulie à gorge dans laquelle est prise une chaîne à gros maillons.

Un système anti retour existe.
Le treuil comporte 2 axes et 3 vitesses : les manivelles amovibles peuvent être mises au choix sur l’un ou l’autre des deux axes selon la démultiplication recherchée.
De plus, l’un des axes peut être translaté pour changer la démultiplication, comme on change de vitesse sur un vélo.
Enfin, le treuil est débrayable : cela permet de tirer sur la chaîne sans pour autant faire tourner les manivelles ni avoir à les démonter.

L’utilisation du treuil n’est pas sans danger.

Le 13 octobre 1924, Félix HURMANE vient déclarer à la mairie d’Eméville un accident survenu dans la carrière de la Bouloye : un carrier de 19 ans, Aubert LEROUX, a l’annulaire gauche pris dans l’engrenage d’un treuil. Il souffre d’une « plaie contuse de l’annulaire gauche » nécessitant 12 jours incapacité de travail.

Il reste encore 3 crapauds dans la Carrière SARAZIN.

Crapaud n°1. Avec ses multiples engrenages, il offre 3 démultiplications différentes, soit 3 vitesses !

L’échelle graphique mesure 50 centimètres.

Ce détail permet de voir les engrenages positionnés en vitesse moyenne. Pour changer de vitesse, on fera coulisser l’axe sur lequel sont les manivelles vers la droite ou bien vers la gauche.

Crapaud n°2

Contrairement au crapaud n°1, le changement de vitesse du crapaud n°2 ne se fait pas en déplaçant l’axe des engrenages mais en démontant les manivelles pour les remonter sur un autre axe (visible au premier plan)

Crapaud n°3

Le changement de vitesse du crapaud n°3 est identique à celui du crapaud n°2. On distingue bien le dispositif anti retour monté sur l’axe au premier plan.

La particularité du crapaud n°3 est que son fabriquant y a apposé sa marque.

Avant nettoyage

Après nettoyage, la plaque nous livre son secret : SAILLY, Saint Vaast, Oise. Nous pouvons également voir la peinture d’origine, un bleu clair.

Et nous retrouvons la trace de nos crapauds dans plusieurs documents de 1922 concernant le matériel utilisé dans la Carrière Sarazin et son coût d’acquisition ! Les crapauds sont désignés comme « mécanique genre la Ferté Milon », « mécanique genre Sailly », « mécanique 3 vitesses » et « mécanique 2 vitesses ».

Ainsi, nous apprenons que le crapaud n°1 (le seul à 3 vitesses) a coûté 1200 francs avec sa chaîne. La crapaud n°3 (marqué « Sailly ») n’ayant que 2 vitesses, il aurait coûté avec sa chaîne la somme de 900 francs.

Alors que les autres carrières ont été pillées et vandalisées, l’accès difficile de la Carrière Sarazin (par puits uniquement) a permis de préserver le matériel qu’elle contenait pour nous offrir aujourd’hui ces objets témoins du passé industriel de la commune.

Cet extrait d’un document rédigé par Georges Sarazin en 1922 mentionne la date à laquelle le matériel est arrivé à Eméville : « Mai 1921 Matériel apporté par Georges Sarazin dont suit : 1 mécanique genre la Ferté Milon, 1 mécanique genre Sailly (…) »

Matériel apporté par Georges Sarazin :
1 mécanique 3 vitesses et sa chaîne 1200 f
1 mécanique 2 vitesses et sa chaine 900 f

Carrière Sarazin, crapaud n°2

Nous développerons prochainement un article sur les accessoires du crapaud : la longue chaîne pouvant mesurer plus de 15 m pour un poids d’une centaine de kilos et la griffe servant à accrocher le bloc.

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Une Réponse to “Atelier du carrier : les crapauds de la Carrière Sarazin”

  1. […] Cet article est une suite de la présentation des crapauds ou  treuils de la Carrière Sarazin, à Eméville. […]

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