Viollet-le-Duc : les visions d’un architecte

À l’occasion du 200e anniversaire de la naissance d’Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879), La Cité de l’architecture et du patrimoine présentait une exposition rétrospective consacrée à l’œuvre singulière de ce grand architecte, théoricien et restaurateur. Nous vous présentons ici des extraits du dossier de presse illustrés notamment par des photos des superbes maquettes exposées.

Eugène Viollet-le-Duc est l’un des rares architectes du XIXe siècle dont la mort n’ait pas éteint la célébrité mais l’ait au contraire affirmée.

Malgré des polémiques, ses travaux de restauration et son œuvre font toujours référence pour les professionnels de l’architecture et son génie a marqué l’histoire de l’art et de l’architecture du Moyen Âge. Longtemps, les historiens se sont attachés à mettre en perspective sa science archéologique, sa doctrine en matière de restauration et son activité au service du patrimoine. À partir des années 1970, les idées qu’il avait exprimées en matière de création architecturale furent à leur tour objet d’étude et de controverses.

Aujourd’hui, trente ans après la dernière  exposition monographique qui lui fut consacrée à Paris, ce sont les aspects les moins connus et les plus inattendus de cet artiste aux talents multiples qui sont présentés au public, pour témoigner de la richesse et de la complexité de sa personnalité. On connaît le caractère rationnel de sa démarche : il est question ici de souligner son côté visionnaire. Il s’agit, en d’autres termes, d’illustrer l’intimité qui existe entre le système positiviste qu’il incarne et ses délires romantiques, sources mêmes de son génie. Surgit peu à peu une personnalité étrange et complexe, hyperactive et féconde, mobilisant un savoir encyclopédique au service d’un projet politique tout autant qu’esthétique.

Une figure majeure du XIXe siècle français.

Viollet-le-Duc traverse un siècle marqué par une instabilité politique et sociale d’une rare intensité. Il laissera des témoignages de tous ces évènements, depuis les Trois glorieuses en 1830jusqu’à son engagement au service de la Défense de Paris en 1870. Sa proximité constante avec lespouvoirs successifs pose la question de sa sensibilité ou de ses convictions politiques, de la sincérité de ses engagements. Viollet-le-Duc apparaît aujourd’hui comme un homme de réseaux dont la carrière n’aura connu aucune interruption dans un siècle mouvementé.

 

Sur le chantier de la Sainte-Chapelle
Viollet-le-Duc décide très jeune de devenir architecte sans pour autant en suivre le parcours officiel. Son travail commence dans des agences comme celle de Jean-Jacques Huvé, mais il profite surtout de l’expérience acquise sur les premiers chantiers de restauration de monuments. Il livre ainsi des souvenirs émus de la Sainte-Chapelle de Paris, à la restauration de laquelle il participe en tant que second inspecteur des travaux à partir de 1840, auprès de Jean-Baptiste Lassus.


Maquette de la Sainte Chapelle en plâtre, bois, papier peint, 1900.


Les moindres détails sont reproduits sur la maquette, que ce soit les ornements des colonnes ou les vitraux.


Maquette présentant la charpente de la Sainte Chapelle à Paris.

Le chantier de Notre-Dame de Paris
Ce chantier-phare du XIXe siècle est un éclatantmanifeste des idées de Viollet-le-Duc en matière de restauration, de décoration et d’aménagement urbain. Sa vision globale de la restauration le conduit à formuler un projet portant sur l’édifice lui-même et ses abords (jardin, cloître, archevêché…). Viollet-le-Duc commence à mettre en pratique ses conceptions et théories de la restauration, celles qui lui font écrire dans son Dictionnaire raisonné que « restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné ».

Nous reviendrons dans un prochain article sur cette conception de la restauration qui est fort éloignée de la définition actuelle.

Maquette de Notre Dame de Paris réalisée en 1843, avant le début des travaux. Plâtre, bois, métal, papier peint / Échelle : 1 cm/m



Un exemple de ce que l’on appelle le « Gothique rayonnant »


Façade de la cathédrale


Rosace Ouest


Vue extérieure puis intérieure de la même rose

Un Moyen Âge retrouvé
Viollet-le-Duc réussit par ses études, ses publications et ses interventions, à faire émerger un patrimoine national et identitaire.
Viollet-le-Duc œuvre à reconstituer un Moyen Âge religieux, comme en témoignent les cathédrales de Bayeux et de Lausanne. Il participe aussi, par la conception de certains décors, à la mise en scène d’un decorum religieux autour de nouvelles figures de dévotion, comme à Amiens pour le retour des reliques de sainte Theudosie. Son talent d’inventeur est également mis au servicede l’architecture et du décor civils comme au château de Pierrefonds dont les décors intérieurs sont exemplaires par leur souci d’authenticité et d’unité destyle. Cette capacité visionnaire et cette connaissance érudite de l’architecture médiévale le conduisent à définir et proposer des types architecturaux, aujourd’hui entrés dans l’imaginaire collectif comme le château-fort et la cathédrale idéale. Il n’hésite pas non plus à travailler pour ses contemporains et les wagons du train impérial de Napoléon III attestent de sa volonté de faire profiter ses commanditaires des inventions les plus modernes et les plus pratiques.

Reliquaire de la Sainte Couronne d’épines, d’après un dessin d’Eugène Viollet-le-Duc ; 1862. Architecte, restaurateur, Viollet-le-Duc se fait décorateur et conçoit également du mobilier, que ce soit pour Notre Dame de Paris ou bien pour l’agencement intérieur du château de Pierrefonds.

Un homme de pédagogie
Notoirement opposé à la manière dont sont enseignées l’architecture et l’histoire de l’art en France sous la férule de l’Académie et de l’École des beaux-arts, Viollet-le-Duc se consacre à la transmission de son savoir à l’intention d’un public professionnel et varié,
voire des enfants. À l’aube de la IIIe République, Jules Ferry saura définir le projet de toute une vie, celui d’une nécessaire transmission du savoir, « d’une infatigable et triomphante défense des grands monuments de notre histoire contre le double vandalisme de la spéculation et de l’ignorance ». (Éloge funèbre de Viollet-le-Duc par Jules Ferry, 1879).
Le musée de Sculpture comparée
Dès 1848, il conçoit le projet d’un musée de reproductions de sculptures, expression de ses théories sur l’évolution de la sculpture médiévale française. Ce projet entend matérialiser, en volume et à échelle, le travail de sélection et de classification à la base même de son œuvre. Le musée de Sculpture comparée affirme la valeur de ce patrimoine national, par un discours historique et stylistique destiné à le faire connaître et reconnaître par tous. Le musée verra le jour, en 1882, après la mort de l’architecte. C’est ainsi que nous devons à Viollet-le-Duc la galerie des moulages de la Cité de l’architecture & du patrimoine, elle-même héritière des missions que s’était donné l’architecte de diffuser la culture architecturale auprès des professionnels et du grand public.

A suivre : Pierrefonds : Viollet-le-Duc et le concept de restauration des monuments.

(c) Photos François Chaut pour Carrières Patrimoine

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