Atelier du carrier : treuil à câble

ATELIER n.m. Terme de carrière. Lieu où travaillent les ouvriers carriers pendant qu’ils procèdent à l’extraction de la pierre en galerie souterraine.

TREUIL : appareil de levage formé essentiellement d’un cylindre horizontal, le tambour, tournant sur un axe actionné par des leviers ou des manivelles.

Ce qui fait l’intérêt de la Carrière SARAZIN c’est que le matériel d’exploitation est resté sur place depuis son abandon dans les années 1930.

 

Le treuil visible au premier plan de cette photo prise dans la Carrière SARAZIN est un treuil à bras fixé au sol : un câble s’enroule autour d’un cylindre, le tambour, du treuil actionné par 2 carriers. Le bloc de 8 tonnes posé sur le lorry avance doucement sur la voie étroite.

Notre treuil à câble a été fabriqué par la maison YOUNGS à Birmingham. Les établissements YOUNGS ont été fondés en 1856 à Birmingham (Angleterre).

Publicité YOUNG 1918 montrant un treuil


Ce treuil est visible au Black Country Living Museum Trust près de Birmingham. Les photos sont tirées du site gracesguide.co.uk consacré à l’histoire industrielle anglaise.

Contrairement à ce modèle, le treuil situé dans la carrière SARAZIN comporte en plus un dispositif de freinage avec un frein à bande. Dans cette configuration, le treuil peut aussi bien servir à tracter une charge qu’à la faire descendre, ce qui se révèle utile lorsqu’il faut descendre du matériel dans une carrière accessible uniquement par puits !

Dernier détail : l’une des jambes de notre treuil a été brisée puis consolidée avec une attelle en acier, laissant penser que l’engin a subi un choc très brutal, conséquence d’une traction soudaine ou d’une chute après arrachement de ses ancrages dans le sol…

Ce qui nous amène à faire un rapprochement avec un événement remontant à 1924.

Le jeudi 24 juillet 1924, à 16h00, Jules SARAZIN déclare à la Mairie d’Eméville un accident survenu dans sa carrière.

Les victimes sont  Jean LEMEUR, 56 ans, carrier demeurant à Eméville et Gaston PERNET, 18 ans, également carrier, demeurant à Bonneuil-en-Valois.

Jean LEMEUR a reçu un « coup de manivelle de treuil en descendant un rail dans un puits de carrière en cours de forage ». Il souffre de « plaies aux lèvres » ayant nécessité 3 points de suture et d’une « plaie superficielle de la région orbito frontale droite ».

Quant à Gaston PERNET, il a fait une « chute de 7 m 50 en descendant un rail », avec « fracture ouverte de la cuisse droite, plaie du cuir chevelu région frontale droite de 15 cm environ de longueur ».

Les blessés ont été vus par le docteur MONNER de Villers Cotterets qui a prescrit 20 jours d’incapacité de travail à LEMEUR et 3 mois à PERNET. Concernant ce dernier, « en raison de la gravité de son état le blessé à été dirigé sur l’hopital de Compiègne ».

Deux autres carriers ont été témoins de l’accident :  MM CHRETIEN et LECERF.

Que s’est-il exactement passé ?
La carrière est ouverte depuis 4 ans, donc le « puits de carrière en cours de forage » auquel les hommes travaillent n’est pas celui que nous connaissons encore mais plutôt le puits d’extraction situé de l’autre côté du chemin de Longpré, aujourd’hui comblé.

D’après les déclarations, on imagine que Jean LEMEUR s’occupait du treuil en surface tandis que Gaston PERNET, lui, était soit au bord du puits  soit déjà dans le puits avec le rail pour éviter qu’il se coince.

Le rail, dont le poids n’est pas négligeable, a-t-il basculé brutalement dans le vide et entraîné PERNET alors qu’il le manipulait ? Y a-t-il eu un problème technique ou mécanique, frein insuffisamment serré, cliquet anti-retour défectueux ?

La journée était déjà bien avancée et même pour ces hommes rompus aux plus durs labeurs, la fatigue commence à se faire sentir. Alors y a-t-il eu une erreur d’appréciation ou une simple inattention ?

Nous ne saurons jamais si cet accident est dû à une erreur humaine ou bien à un défaut de matériel.

Les éléments à notre disposition permettent simplement et raisonnablement de supposer que, pour une raison inconnue, PERNET et le rail ont chuté dans le puits, le câble s’est déroulé brusquement, la manivelle du treuil devenu incontrôlable a fait des moulinets dans l’air et a fini par blesser LEMEUR à la tête.

Cet accident n’a heureusement pas été fatal mais il n’est pas non plus exceptionnel. Nous reviendrons ultérieurement sur les accidents survenus dans les carrières d’Eméville et sur les enseignements que nous pouvons en tirer.

(c) Texte et photos François CHAUT

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Une Réponse to “Atelier du carrier : treuil à câble”

  1. […] à la taille de la pierre mais aussi des équipements plus lourds, tel le wagonnet Decauville , le treuil à câble, que nous avons évoqué dans de précédents articles ou bien le Cric de […]

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