Plongée dans les entrailles de la Picardie

Pour une fois nous n’allons pas évoquer le patrimoine lié aux anciennes carrières mais plutôt les compétences spécifiques nécessaires à leur exploration.

A quelques kilomètres d’Eméville et de la Carrière Sarazin, une cavité naturelle requiert le concours de spécialistes en plongée souterraine : il s’agit de la rivière souterraine de la halte de boursonne Coyolles .

Suivez l’exploration faite par Christophe DEPIN, plongeur spéléo, dont les comptes rendus minutieux témoignent des difficultés rencontrées.
Si vous êtes tentés par la plongée souterraine, adressez vous à la commission plongée de la Fédération Française de Spéléologie qui pourra vous dispenser la formation nécessaire car il s’agit d’une activité extrêmement dangereuse.

F. Chaut

Compte rendu de la plongée du 17/06/12

« Nous avions visité les parties aériennes de la rivière de Boursonne Coyolle en juillet 2011. Bien décidé à revenir en débattre avec les siphons du réseau, nous voici à pied d’œuvre ce dimanche 17 juin.
Descente rapide du matos et des hommes par le puits artificiel de 32m.
Arrivé en bas, la grande salle débouche sur un lac. Au fond à droite on trouve une petite galerie laminante d’un mètre de large qui se finit en siphon.

Je m’équipe, hanté par le récit de mes prédécesseurs qui mentionne une étroiture sévère à franchir sur expiration.
J’ai pris une combinaison 7 mm, un casque 4 lampes et un bi 4l mis dans un kit.
Je pars en décapelé poussant le bi devant moi de la main droite et tirant le fil de la main gauche. Je pousse, je finis par bloquer, le casque ne passe plus et bien sur je ne vois plus rien.
Je fais demi tour et je ressorts.  Je décide de laisser mes blocs, mes palmes et mes plombs pour retourner voir la voute mouillante.
Je prends mon casque à la main, je progresse d’abord sur le ventre mais je bloque vite sur manque d’air.
Je recule puis je poursuis sur le dos, la voute finie par siphonner. Je dois donc renoncer.  
Je reprends mon bi et mon dévidoir et cette fois je passe les pieds en 1er. Tenant mon bi et mon casque dans la main gauche tandis que je déroule le fil de la main droite.
J’arrive au point ou la galerie s’ennoie, elle fait un petit mètre de large et juste la hauteur me permettant de m’y faufiler.  
Je progresse centimètre par centimètre en tirant mon matos, frottant sur le dos et sur le ventre. Je ressens bien la nature du sol et des obstacles au travers de ma combinaison. Un mètre, deux mètres, trois mètres et je ne sais combien quand tout un coup je sens le sol qui se dérobe sous mes pieds et mes genoux.
Je remets mon casque, je me retourne et enfin j’aperçois quelque chose dans la cavité.
La galerie fait désormais 2 mètres de haut. Malgré  une eau laiteuse la visibilité m’apparaît excellente.  Je reprends ma progression, le fil dans la main gauche, le bi dans la main droite, collé au plafond sans lestage et sans palme.
Afin de me mouvoir je pousse avec les pieds au plafond.
La 1ère salle fait quelques mètres de diamètre et 3 m  de haut.  Je cherche désespérément où attacher le fil mais la roche trop friable se délite.
Tant pis je continue. Une nouvelle salle fait suite, elle est du même diamètre mais moins haute, 1,5 m. Enfin j’aperçois un trou parfait pour une lunule qui me permet de fixer le fil.  
Je poursuis dans une nouvelle salle de 1 m de haut sur la droite. Pas de suite apparente mais 2 boyaux étroits restent à explorer. Je regarde mes manomètres qui indiquent 150b et 160b, il est largement temps de faire demi tour. Avec 4l, un incident sur le retour me donnerait juste la réserve pour sortir en toute sécurité. Je rembobine le fil jusqu’au lunule, coupe le fil et raccroche mon parisien. Pour franchir l’étroiture au retour, je décide de pousser mon scaphandre et mon casque de la main gauche tandis que la main droite suivra le fil. Malgré l’étroiture, le passage  se franchit sans trop de difficulté. Par contre dans un moment d’inattention d’une fraction de seconde le fil m’échappe ! Impossible de remettre la main dessus, je bouge, je me contorsionne et je finis par retrouver le fil par hasard. Le fil, euh un fil, mais est-ce le bon ? Est-ce celui qui va vers la sortie ?  Je ne vois, ni le fil, ni le compas donc impossible de savoir.  Je poursuis ma progression un peu angoissé.  Quelques instants plus tard, je reconnais tactilement un des points d’amarrage de mon fil.  

Ouf sauvé !  L’apparition de la surface fait suite. Je termine le ramping pour retrouver Marco, Anne et les enfants qui m’attendaient pour aller vers le réseau Est. En mon absence  ils ont visités le réseau Ouest et le tout nouveau réseau Nord. On finit donc par une petite ballade humide liée à la présence des 2 anciens siphons devenus voutes mouillantes dans le réseau Est. Puis nous remontons le matos avec Marco.
TPST : 03h00
Participants : Emeric, Gaëtan et Christophe Depin, Anne Dutheillet et
Marco Lacaille »

Compte rendu de la plongée du 08/09/12

« Pour cette 2ème plongée à Coyolle, je suis beaucoup plus serein. La 1ère plongée a permis de dissiper les doutes sur le franchissement au retour de l’étroiture. Cette fois-ci j’enfile ma combinaison néoprène avant de descendre dans le puits. La 7 mn en plein cagnard me fait vite chopper une grosse suée, vivement la descente.

Arrivé en bas je grée le bi 4l dans un kit et je file mettre à l’eau.  
Enfin :o)))

Pas d’hésitation j’accroche le dévidoir et le casque sur le kit et c’est parti. Je pousse ce tas devant moi tout en tenant le fil et en cherchant à tâtons la lampe perdue lors de la précédente plongée.  La progression dans la galerie étroite de l’entrée se fait dans une visibilité nulle malgré la lampe que j’ai fixé sur mon avant bras.  
Arrivé au bout de la partie intime, l’eau redevient cristalline. J’aperçois sur la droite, une galerie fort peu engageante que je n’avais pas repérée.  Je remets mon bi sur le dos et le casque sur la tête.
A partir de maintenant objectif conserver une visu maximale. La stratégie retenue est de progresser centimètre par centimètre en restant parfaitement équilibré.
Pour mémoire je n’ai pas de stab.  Je dispose ainsi de temps pour fouiller visuellement à droite et à gauche car je sais qu’au retour ce sera la grosse touille.  Je choisis de descendre à droite dans la 1ère salle en contrebas après avoir rabouté mon fil sur celui de la précédente plongée.  La 2ème salle s’accède par un petit passage laminant. Je ne vois aucune suite mise à part le 2ème passage laminant qui donne accès à la 3ème salle de dimension plus modeste. Je m’y engage pour en faire le tour sans entrevoir la moindre suite possible. Je rebrousse donc chemin dans la touille opaque. Partout le sol et les parois sont argileuses.
Aucune prise pour le fil d’Ariane, le moindre béquet ou bloc se délite sous l’étreinte d’un caouetch.  Je rembobine donc dans la touille.
Revenu dans la 1ère salle, la suite est de nouveau claire, mais pour combien de temps ? Je poursuis sans entrevoir d’autre départ que l’étroiture plein sud.
Re-décapelage et je m’y engage.  
Au bout de 2m je bloque sur du dur. Demi tour, c’est l’ambiance chocolat au lait ! Impossible de topoter, impossible d’accrocher le fil. Je rembobine  au retour à tâtons. Re décapelage  bi plus casque, la galerie passe comme une lettre à la poste. Preuve que les étroitures c’est 50% de mental.

Voilà une suite éventuelle semble bien improbable, il faudra cependant revenir pour faire la topo. Un bi 4l à l’anglaise facilitera les opérations.
Pour la remontée José est venu nous filer un coup de main bien agréable pour muler les kits.
TPST : 02h00
Participants : Emeric, Gaëtan et Christophe Depin, Anne Dutheillet,
François Chaut José Leroy et Marco Lacaille »

Et voici des images de cette seconde plongée

Préparatifs au soleil


Mise à l’eau pour se rafraîchir après la descente

Parmi l’attirail du plongeur spéléo, les éternels élastiques de chambre à air


Les 2 blocs de 4 litres sont équipés


Dévidoir, lampes, compas, sécateur…


Ultimes vérifications


Départ en poussant le sac contenant les 2 blocs ainsi que le casque trop encombrant dans cette partie… 

Durant les 7 minutes suivantes, nous entendons les bulles d’air remonter à la surface tandis que Christophe passe l’étroiture.


Après 25 minutes de silence, bruit de bulles et quelques minutes plus tard Christophe est de nouveau avec nous.

Fin de l’exploration

(c) Photos François Chaut

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