Biodiversité souterraine : Les chauves-souris de la carrière Sarazin

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Nous avons réalisé en mars 2007 un inventaire exhaustif des chauves-souris de la Carrière Sarazin. Chaque galerie, même remblayée, a été parcourue et scrutée sous l’oeil attentif de Christian DODELIN, spécialiste des chauves-souris à la Fédération Française de Spéléologie.
Nous le remercions d’avoir fait spécialement le déplacement depuis Chambéry pour s’intéresser aux chauves-souris du Valois !


Petit Rhinolophe

La chauve-souris est le seul mammifère volant. L’ordre des chiroptères (main volante) est le deuxième des mammifères en nombre d’espèces (près de 950), il est devancé par l’ordre des rongeurs. La chauve-souris est un animal troglophile : elle ne passe qu’une partie de son temps sous terre, ressortant à l’extérieur pour se nourrir.

Le résultat de cet inventaire a été surprenant :

  • 38 individus
  • 6 espèces différentes  

Leur localisation a été notée sur un plan afin d’étudier leur dispersion et leur répartition dans la carrière.
On ne les trouve pas nécessairement dans les galeries les plus éloignées du puits d’extraction.
Redoutant le froid, elles choisissent des zones sans courant d’air et en hauteur, où la température de l’air est plus élevée. Nous avons en effet noté une différence parfois supérieure à un degré entre la mi-hauteur des galeries et le ciel de la carrière.

Voici le détail de cet inventaire.

  • 19 petits rhinolophes (Rhinolophus hipposideros)
    Le petit rhinolophe ou petit fer à cheval est la plus petite espèce européenne de chauve-souris à nez en fer à cheval. Sa fourrure est douce, et de couleur gris-brun sur le dos et gris sur le ventre. Ses oreilles sont pointues et ses ailes sont longues.
    Il pèse 4 à 7 grammes.
    Il se nourrit de lépidoptères, de diptères, de coléoptères, de neuroptères et d’arachnides.


Petit rhinolophe au ciel de la Carrière Sarazin


Celui ci s’est accroché à un moellon

  • 3 murin à oreilles échancrées (Myotis emarginatus)
    Son pelage est brun-gris dans son ensemble, sauf au niveau de la face ventrale où il est plus clair.
    Il se nourrit d’arthropodes : insectes, araignées,…
  • 1 grand murin (Myotis myotis)
    Le grand murin ou grand vespertilion constitue la plus grande chauve-souris européenne du genre Myotis. Son pelage est de couleur gris-brun teintée de rouille, sauf au niveau ventral où il est blanchâtre. La tête, les oreilles et les ailes sont brun rosâtre. Sa tête est longue et large, ses oreilles sont grandes.
    Carnivore, il se nourrit de lépidoptères nocturnes et de coléoptères.
    Il mesure 11 à 15 cm pour une envergure de 35-45 cm.
    Il peut vivre plus d’une vingtaine d’annnées !


Murin dans la Carrière Sarazin

  • 3 murins de daubenton (Myotis daubentoni)
    Son pelage est bicolore. Le dessous est de couleur blanc, le dessus gris brun. Son museau brun rose ne ressort que peu de l’amas de poils. Adaptés à la capture d’insectes à la surface de l’eau, ses pieds sont très grands.
    Ce chiroptère chasse la faune inféodée au milieu aquatique.


Murin dans une tranche au ciel de la carrière

  • 1 murin de natterer (Myotis nattereri)
    Considéré comme rare.
    On le reconnaît à son museau rose, ses oreilles pointues, son ventre très blanc et sa taille intermédiaire. Le plus souvent, on le trouve dans les fissures.
    Carnivore, il se nourrit d’insectes.


Murin dans un trou de poteau au ciel de la carrière

  • 10 murins à moustaches (Myotis mystacinus)
    Le murin à moustache est de très petite taille à ventre blanc, présentant peu de contraste avec le pelage de son dos.
    Il ne pèse que 4 à 8 grammes.
    Il se nourrit de petits insectes tels que les moustiques, les petites libellules, les petits coléoptères et les papillons de nuit.
  • 1 murin de petite taille, ce qui ne permet pas de dire qu’il s’agit d’un petit murin (Myotis blythii) puisque ce dernier est habituellement présent dans le sud de la France.


Murin dans la Carrière Sarazin

Qui aurait pu croire à une telle diversité dans une carrière dont l’étendue reste si modeste ?

Les anciennes carrières constituent un gîte de choix pour les chauves-souris, principalement en raison de la tranquilité de ces sites généralement abandonnés et de leur température constante au long de l’année.

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Les chauves-souris comptent naturellement peu de prédateurs directs, il s’agit surtout des rapaces nocturnes : chouettes et hiboux. Cependant la population de chiroptères est en déclin. Les raisons de ce déclin sont multiples mais sont toutes liées à l’activité humaine qui bouleverse l’environnement.

Les « aménagements » paysagers (fragmentation des zones boisées, assèchement des zones humides, suppression des haies…) font disparaître les lieux favorables aux insectes. Or, toutes les chauves-souris européennes sont insectivores.

De plus l’utilisation massive des pesticides et autres produits phytosanitaires provoque la raréfaction des insectes, et ces produits tuent aussi les chauves-souris par ingestion directe.

Leur habitat est également menacé : vieux troncs d’arbres, greniers mal isolés, cavités souterraines naturelles ou artificielles. Tous ces gîtes ont tendance à disparaître. Dans les anciennes carrières de notre région, les visites répétées de groupes nuisent aux chauves-souris qui, l’expérience nous le prouve, ne sont pas nécessairement éloignées des entrées.

Grâce aux conseils de scientifiques spécialistes des chiroptères, Carrières Patrimoine se donne les moyens d’organiser ses activités en harmonie avec ces sympathiques mammifères !

Une musaraigne

Les chauves-souris ne sont pas les seuls mammifères présents dans la carrière : lors d’un inventaire photographique réalisé le 22 novembre 2009, nous avons aperçu 3 musaraignes.
Tout comme la chauve-souris, la musaraigne est essentiellement insectivore. Du point de vue de la diversité des espèces, la famille des musaraignes est la quatrième chez les mammifères, dépassée seulement par les familles des Muridae et des Cricetidae, qui font partie des rongeurs (Muroidea), et la famille des Vespertilionidae chez les chauves-souris.

Afin de découvrir comment a évolué la population de chauves-souris de la Carrière Sarazin, un nouvel inventaire sera dressé en mars 2010.

Photographies Francois CHAUT
Remerciements : Christian DODELIN, ABIMES.

 

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4 Réponses to “Biodiversité souterraine : Les chauves-souris de la carrière Sarazin”

  1. Meunier Christian Says:

    Je souhaite connaitre vos coordonnées car, une personne de ma connaissance envisage détruire une colonnie de pipistrelle je pense, établie dans un grenier région Chambéry.
    Que pouvez faire?.
    Chr. Meunier

    • Bonjour,

      il s’agit là d’un acte très grave, les chauves souris étant protégées par le code de l’environnement.

      Article L411-1
      I. – Lorsqu’un intérêt scientifique particulier ou que les nécessités de la préservation du patrimoine biologique justifient la conservation d’espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées, sont interdits :

      1° La destruction ou l’enlèvement des oeufs ou des nids, la mutilation, la destruction, la capture ou l’enlèvement, la perturbation intentionnelle, la naturalisation d’animaux de ces espèces ou, qu’ils soient vivants ou morts, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur détention, leur mise en vente, leur vente ou leur achat ;
      …/…
      3° La destruction, l’altération ou la dégradation du milieu particulier à ces espèces animales ou végétales ;

      source Légifrance

      Il faut aussi rappeler les pénalités auxquelles sont soumises les infractions relatives à la protection des animaux :

      – mauvais traitement : contravention de la 4è classe.

      – acte de cruauté : délit passible d’amende et de six mois d’emprisonnement.

      – En matière d’environnement, le non respect des formalités est un délit en application de l’article L215-1 du code pénal, avec des amendes et un emprisonnement d’une durée maximale de six mois.
      source CNRS

  2. […] Comme à chaque fois, les chauves-souris observées sont localisées sur un plan et identifiées selon leur espèce, ce qui permet de faire des comparaisons avec les précédentes observations. Lisez l’article consacré à l’inventaire 2010. Lisez l’article consacré à l’inventaire de mars 2007) […]

  3. […] A la recherche des chauves souris de la Carrière Sarazin (cliquez pour découvrir l’article) […]

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